TriLoGik

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Entrez ce que vous voulez:
 
La mystique n'est pas ivresse, mais progrs, et cheminement vers une lumire certaine.

If

If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you;
If you can trust yourself when all men doubt you,
But make allowance for their doubting too;
If you can wait and not be tired by waiting,
Or, being lied about, don't deal in lies,
Or, being hated, don't give way to hating,
And yet don't look too good, nor talk too wise;

If you can dream - and not make dreams your master;
If you can think - and not make thoughts your aim;
If you can meet with triumph and disaster
And treat those two imposters just the same;
If you can bear to hear the truth you've spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools,
Or watch the things you gave your life to broken,
And stoop and build 'em up with wornout tools;

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breath a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: "Hold on";

If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with kings - nor lose the common touch;
If neither foes nor loving friends can hurt you;
If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute
With sixty seconds' worth of distance run -
Yours is the Earth and everything that's in it,
And - which is more - you'll be a Man my son

 

Rudyard Kipling

Posté le 10 mars 2012 à 15:43.

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Posté le 15 avril 2009 à 16:37.

Le marchand de mots

On rencontrait au XXème siècle un homme qui allait de ville en ville et aussi de village en village, dans les Etats balkaniques, dont les frontières sont changeantes. Il voyageait également dans les pays de l'Asie centrale et jusque dans le nord de l'Inde. Personne ne sait s'il courait de la même manière les routes d'Afrique et des Amériques, mais c'est possible.

Cet homme était un marchand de mots, comme l'avait été son père. Il recueillait des mots ici et là, au cours de ses déplacements, il les payait quand il ne pouvait pas faire autrement et il les proposait à ceux qui en avaient besoin.

Il s'agissait d'abord, et surtout, de mots s'appliquant à des animaux ou à des objets inconnus. A des montagnards il apprenait la marée et la vague, par exemple, en leur expliquant ces phénomènes. A d'autres, qui se tenaient éloignés de la civilisation mécanique, il apportait le mot automobile ou le mot avion, ou encore le mot sous-marin. Dans ce cas, il utilisait une flaque d'eau, ou un bassin.

Dans les pays torrides, il parlait de la neige et des glaciers, mais là comme ailleurs, il avait de la peine à vendre des mots qui désignaient des choses inconnues. Aussi se contentait-il généralement de l'utilitaire, du tout-venant, des termes de bazar et d'industrie, sans grand enthousiasme, mais il fallait vivre.

C'était son travail ordinaire, qui est celui de tous les marchands de mots.

Si cet homme-là est devenu presque célèbre de son vivant, au moins parmi les amateurs de vocabulaire et de langage, c'est parce qu'il apportait à son occupation un soin - on pourrait dire une passion - rare. Ainsi, aux dénominations communes il ajoutait, de sa propre initiative, des mots qui s'appliquaient à des des émotions, à des sentiments, à des étonnements de la pensée, à des états d'esprit subtils et particuliers. Et ces mot venaient de tous les pays de la Terre, si bien que les peuples qui se nourrissaient de ses apports s'exprimaient, par moments, dans une langue qui brillait comme une mosaïque universelle.

D'un voyage au Portugal il avait rapporté la fameuse saudade, qu'on éprouve aussi au Brésil, une tristesse en forme de manque, d'absence, qui se porte sur quelque chose ou quelqu'un que nous avions et que nous n'avons plus.

Du centre de l'Europe, plus précisément d'Autriche, et bien avant que ce mot ne connaisse la fortune qui est la sienne aujourd'hui, il avait rapporté le mot kitsch, ce nom-adjectif irremplaçable qui dit si bien ce qu'il dit, et qu'aucun autre mot ne peut dire.

En Espagne, il avait repéré et enregistré le mot cursi, qu'aucune expression ne peut traduire dans une autre langue à moins de s'étaler sur une dizaine de lignes, car ce mot veut dire à la fois un peu démodé (mais pas trop), un peu chicos (pour employer un mot d'argot français qui faisait aussi partie de sa marchandise), en suggérant en deux syllabes une élégance maladroite, un peu trop visible, pour tout dire assez bête, avec un rien de sympathique pourtant, avec de la bonne volonté, de la gentillesse, un soupçon de kitsch justement, un désir de bien faire, de bien se comporter, de respecter les convenances sociales, la bonne tenue, les bonnes manières. Et caetera. On n'en finirait plus, en tournant vainement autour, de définir ce que le mot cursi dit en un instant.

Quand il arrivait dans tel ou tel endroit, dans des parages où peu de voyageurs, à l'époque, se hasardaient, des habitants venaient le voir, assez souvent avec discrétion, à la nuit tombée, et s'adressaient à lui, pourrait-on dire, comme à un confesseur. Ils lui racontaient ceci ou cela, en détail, en essayant de décrire le sentiment qu'ils éprouvaient et pour lequel ils ne pouvaient pas trouver, dans leur langue, le mot juste.

Le marchand de mots les écoutait avec attention, posait parfois quelques questions brèves, et leur proposait un ou deux mots - jamais plus. Quelquefois il demandait un long moment de réflexion, ou même toute une nuit, et compulsait ses notes. Celles-ci couvraient de nombreux cahiers cartonnés qu'il transportait dans sa carriole, laquelle devint, avec le succès, une camionnette.

Dans ces cahiers, les mots se disposaient par rubriques et selon des ordres variables. A en croire une confidence rapportée par un client libanais, le marchand avouait n'avoir jamais réussi à trouver le classement parfait. Il doutait même que ce classement existât. Il est avéré, en tout cas, qu'après quelques années de pratique il adopta un langage codé, et même doublement codé pour les mots auxquels il tenait le plus. En effet, dans les commencements, il avait été victime à plusieurs reprises de voleurs de mots, qui le dévalisèrent sans vergogne pour aller revendre à n'importe quel prix ses trésors.

Depuis ce temps, il cadenassait ses trouvailles, sans cesser de les enrichir. Derrière ses efforts quotidiens se déroulait une théorie grave et secrète, bien que non formulée, théorie selon laquelle tous les peuples vivant sur la Terre pensent et sentent de la même manière, mais que l'absence de mots, chez les uns ou les autres, peut empêcher tel ou tel sentiment d'apparaître.

Ainsi nous nous croyons dépourvus de ce que nous n'arrivons pas à nommer.

Quand une femme - ce qui arriva dans l'ancienne Serbie, vers 1935 - venait se plaindre d'un traitement abominable et dégoûtant, il lui proposait le mot français dégueulasse, en disant qu'il ne connaissait, ailleurs, aucun vocable plus évocateur. Dans la même langue, dès le début de son parcours, il avait pris les mots débrouille et débrouillard. Si nous suivons ici sa théorie, la chose existe partout, mais curieusement le mot manque. Pour vendre ses articles, celui-ci par exemple, mais surtout parce qu'il en était convaincu, il affirmait (sans aucune preuve) que la connaissance du mot donnait plus facilement accès à la chose. Si vous m'achetez le mot débrouillard, disait-il, vous allez vite le devenir. Façon de vanter sa marchandise.

Naturellement, il ne donnait jamais le mot avant que l'affaire soit conclue. Il affirmait posséder le mot que son client ou sa cliente recherchait et recevait alors un acompte, qu'il s'engageait à rembourser en cas de déception sérieuse. Mais sa perspicacité était si aiguisée, et sa provision de mots si considérable, qu'il ne faisait qu'un nombre infime de mécontents.

Quelquefois, cela se terminait par un échange. Car il se livrait aussi au troc - troc de mots contre des légumes, des oeufs, de l'avoine pour son mulet, ou bien même contre d'autre mots. Dans ce cas-là, quand il s'agissait d'échanger un mot contre un autre, ou contre plusieurs autres, les discussions pouvaient durer jusqu'à l'aube, aucun des négociateurs ne voulant révéler son mot le premier, sachant que l'autre, aussitôt, le déprécierait.

dans ses réserves, il mettait à part ses favoris, qui ne constituaient pas nécessairement le gros de ses ventes. En réfléchissant, et en comparant, il remarquait que le mot élégant est le même dans une bonne dizaine de langues. Voilà, se disait-il, un mot très réussi, qui doit contenir sa propre idée dans sa forme même. Rien d'étonnant à ce que, dans le passé, on l'ait très bien vendu, à plusieurs peuples.

Le mot mélancolie le ramenait aux mêmes réflexions. Qui l'a inventé ? Qui lui a donné ces résonances de cloches tristes ? Qui l'a si largement vendu en Europe?

Pourquoi des mots sont-ils plus réussis que d'autres, et par là même plus répandus ? Il n'en savait rien. Ces questions-là dépassaient de loin sa compétence. Il ne possédait pas l'éducation de base nécessaire pour les aborder. Cependant, à la manière d'un autodidacte, il savourait la beauté des mots comme personne au monde, car il en connaissait le prix.

Il faut aussi remarquer que cet home, qui savait merveilleusement écouter, qui possédait naturellement l'oreille des mots, n'était pas un beau parleur, loin de là. Rien, chez lui, du baratineur. Les gens le trouvaient même assez laconique. Le fait est qu'il aimait les mots plus que les phrases, les mots seuls, isolés, riches de leur seule force. Il estimait que l'agencement des phrases, toujours artificiel et même assez souvent arbitraire, privait les mots de leur beauté sauvage, individuelle, et les noyait dans la mélasse de la syntaxe.

Un mot, un seul, lui suffisait pour mettre le monde en mouvement, pour en percer un nouveau secret, pour lui ajouter une lueur nouvelle. Il vivait pour les mots et avec les mots, serrant en lui-même, jour et nuit, toutes les mémoires du monde. Il lisait et relisait ses listes, il pratiquait des fouilles dans ses propres cahiers, il raturait, corrigeait, rajoutait. Il s'étonnait en solitaire que le mot chocolat fût à peu près le même dans toutes les langues, tandis que papillon changeait radicalement de nom d'un pays à l'autre tout en conservant, chaque fois, une sonorité évocatrice et fascinante: farfale, butterfly, mariposa, parvaneh.

Il aimait tout particulièrement les mots de quatre ou cinq syllabes, qui sont si rares dans cette langue pressée qu'est l'anglais (preposterous, disait-il, est une exception magnifique), et se régalait de dégringoler dans un précipice, quatre mots qu'il pouvait répéter trente ou quarante fois de suite sans abîmer un instant son plaisir.

Parmi les mots à quatre syllabes, il savourait inlassablement l'espagnol entrañable, que traduit mal le français " délectable " car il y manque, comme dans la saudade, une nuance de regret: nous avons connu le bien-être à cet endroit-là, dans ce lugar entrañable, et aujourd'hui nous l'avons perdu.

De même, c'est avec une réelle tristesse qu'il enseignait et qu'il vendait, venant toujours du castillan, la despedida, qui est un adieu pour toujours. Il affirmait qu'il est impossible de prononcer ce mot sans que le coeur se serre et que des larmes viennent aux yeux. Il y sentait une image véritable de notre vie.

Chaque mot bien formé et bien sonorisé lui apportait une joie fervente. Il s'avançait ainsi dans un paysage sans fin, qui l'émerveillait en permanence. Il se sentait incapable de comprendre pourquoi, lors de la catastrophe de Babel, Dieu avait cru punir les hommes en multipliant les langues, alors qu'il voyait, lui, dans cette multitude, dans cet océan de paroles un cadeau somptueux, que rien n'égalait.

Au cours d'un voyage en Iran, il découvrit le mot tarof, qu'il vendit aisément dans plusieurs pays d'Asie centrale. Ce mot s'emploie quand nous refusons une offre qui pourtant nous ferait grand plaisir. Ainsi, nous dînons chez des amis, nous n'avons pas de voiture, il est tard, d'autres invités proposent gentillement de nous raccompagner et nous disons: " Non, merci, vraiment, sans façon. "

Cela s'appelle faire tarof, attitude humaine commune, fausse politesse, peut-être plus répandue en Iran qu'ailleurs. Il faut ajouter que, si les invités motorisés nous prennent au mot, disent " Bon, d'accord, comme vous voudrez ", et s'en vont sans nous, nous leur en voudrons mortellement.

D'Iran, il rapporta aussi le splendide kouft!, interjection de dédain, et même de mépris, qu'il proposait avec l'européen berk, également très expressif, mais qui nécessite une grimace d'accompagnement et risque ainsi de paraître vulgaire.

L'âge venant, ses ambitions grandirent. Il pensa que son petit commerce pouvait rendre les gens meilleurs, en leur apprenant par exemple le mot justice, qu'il trouva un peu partout en Europe, ou le mot compassion qu'il acheta pour un bol de riz à un colporteur famélique qui revenait à pied du Tibet.

Il rapporta d'Inde le mot dharma mais, comme il parlait peu et brièvement (contrairement aux Indiens), il eut beaucoup de peine à faire accepter ce mot-concept dans d'autres pays. Les gens ne le comprenaient pas et le confondaient souvent avec le karma, ce qui l'agaçait. Un jour, il se mit carrément en colère quand un imbécile, à Istanbul, lui demanda ce qu'il fallait penser du " karma-sutra ".

Les bienfaits que nous devons à cet homme, qui, même si l'Histoire n'a pas retenu son nom, fut à coup sûr le premier de sa catégorie (il faut dire que les débuts de l'ère qu'on appelle moderne, avec nos déplacements multipliés, exigeaient un enrichissement mondial du langage, et sans doute aussi de la connaissance, et peut-être même de la pensée), ces bienfaits ne peuvent ni se compter, ni se mesurer. Ils s'inscrivent dans les secrets, souvent oubliés, de toutce qui constitue notre langage, et par conséquent notre humanité.

Tout en cheminant de droite et de gauche, le marchand de mots se demandait si pareille activité serait concevable chez les écureuils ou les sapajous, ou même chez les rossignols. Il concluait généralement par la négative, bien qu'un ornithologue d'Antibes l'ait assuré que les mésanges du midi de la France ont un accent particulier.

La Deuxime Guerre mondiale gêna ses mouvements et ralentit son activité. Celle-ci reprit assez vivement vers 1944-1945 et se développa dans les années suivantes, alors qu'il se trouvait dans la force de l'âge et que des nations nouvelles se dessinaient sur la surface du globe, entraînant de nouveaux échanges. Il gagna pas mal d'argent avec des mots comme radar et bombe atomique. Il réussit même à vendre, dans des contrées très reculées, des mots comme neutron et mirador.

Vers le début des années 1960, peu à peu, il sentit un fléchissement de curiosité chez les peuples qu'il visitait, comme s'ils avaient moins besoin de mots, en tout cas de mots nouveaux, de mots venus d'ailleurs. Il crut d'abord que ce désintérêt, qui se traduisait par une baisse de son chiffre d'affaires, serait passager. Il se trompait.

Dans ces années-là, il remarqua que le mot parking se répandait à toute vitesse sur l'ensemble de la planète et que la plupart des gens semblaient en comprendre le sens. Il en était de même du mot shopping et du mot composé week-end.

comme tous ces mots conquérants relevaient de la langue anglaise, il se dit que le vocabulaire des vainqueurs marquait lui aussi ses conquêtes. Cependant, il voyait que la langue des autres vainqueurs, la langue russe, peinait à imposer ses propres mots, comme kolkhoze et soyouz. Le socialisme soviétique n'arrivait pas à vendre ses mots au reste du monde - ce qui sans doute allait en précipiter la perte. Le marchand se dit qu'il y avait au-dessous de ce phénomène des raisons politiques et économiques qui lui échappaient, peut-être même des modèles de vie, car nous parlons la langue de ceux que nous aimerions imiter.

Là encore, ces graves questions ne faisaient que l'effleurer. Elles sortaient de sa compétence. En dehors des mots, il ne connaissait pas grand-chose.

Depuis longtemps, comme tant d'autres, il avait remarqué que le tempérament colonisateur de l'Angleterre semait à travers le monde des mots comme gangster, dandy ou snob, encore que pour ce dernier il éprouvât de la peine à le faire admettre en milieu rural, en particulier au Bélouchistan.

Il constatait à présent, avec effarement, que la plupart des habitants de la Terre, au lieu de dire dans leurs différents langages " je suis d'accord ", se contentaient d'un sommaire OK. Ils s'invitaient à boire un drink, ils portaient des jeans, des tee-shirts, ils avalaient en vitesse de la fast-foot et ainsi de suite.

Tout devenait top, même les models, et on lisait sur les devantures de milliers de boîtes de nuit, un peu partout : strip-tease non-stop. Il vit même s'ouvrir et prospérer des sex-shops, deux mots dont il n'aurait jamais imaginé qu'un jour ils pourraient s'accoler.

Cette invasion se poursuivit pendant toutes les années 1970, alors qu'il prenait lui-même de l'âge, dépassant de peu la cinquantaine.

Dans les années 1980, il vit apparaître et se répandre des mots qui n'étaient plus d'origine anglaise et qui, alors qu'il les avait négligés jusque-l, lui semblaient soudain très menaçants, comme jihad et fatwa. A son grand chagrin, ceux qui les achetaient étaient assez nombreux.

Il découvrit à ce moment-là (car il lisait, au cours de ses voyages) une phrase de Jorge Luis Borges disant que, pour les hommes de sa génération, ne pas parler le français était presque un signe d'analphabétisme, et qu'on était passé du français à l'anglais, et de l'anglais à l'ignorance.

Il sentait que l'atmosphère du monde se modifiait dangereusement, et il le sentait dans son métier même. Car il lui fallait se rendre à la décevante évidence : des mots disparaissaient chaque jour, et sans doute pour toujours, aspirés vers le gouffre obscur de l'oubli, qui constitue l'enfer du langage, et dont notre paresse ouvre en grand les portes. Oui, il y avait de moins en moins de mots dans le monde, malgré - ou peut-être à cause de - l'énorme accroissement de la population globale, qui semblait ne se heurter à aucune limite visible.

C'en était fini de l'optimisme féerique du XIXè sciècle et de la première moiti du suivant. Les oreilles humaines se refermaient aux paroles des autres. Des platitudes universelles - langue de bois, langue de plomb - enveloppaient d'année en année la planète d'un réseau de facilité, et par conséquent de médiocrité, dépourvue de sens. Car le "sens" est une chose complexe, disait le marchand. Les mots rares et beaux, recherchés, précieux, coquets, baroques, séduisants, secrets, les mots exotiques, chargés de parfums lointains et de couleurs vives disparaissaient, happés par la gueule béante de l'insignifiance.

tout discours, toute conversation semblait relever désormais du ready-made, ou si l'ont préfère du prêt-à-porter, paroles mâchées par avance, dégluties et régurgitées sans surprise aucune. Cela s'appela d'abord du fonctionnel, puis du formatage; mots aussi laids que ce qu'ils désignaient.

Du coup, le commerce du marchand - pour employer un des mots qu'il aimait - périclita. Il lui arrivait de passer une semaine entière sans vendre un seul mot. Vivant de ses économies rétrécies, il mangeait peu, évitait même les modestes auberges et dormait assez souvent à la belle étoile, ou dans sa carriole (la camionnette vendue, il était revenu à son véhicule premier).

Ardent de nature, il essaya de réagir et de combattre. Il voulut s'associer à d'autres marchands de mots et composer une phalange valeureuse de résistants, mais il ne fut pas suivi, pas même écouté. Les autres haussaient les épaules. A quoi bon ? déjà corrompus, ils s'accomodaient tant bien que mal de la situation nouvelle.

" Vous êtes donc aveugles ? ", leur disait-il.

Ils répondaient : " Aveugles à quoi ? "

Plusieurs abandonnèrent carrément leur métier, qu'ils jugeaient foutu, prirent leur retraite, vendirent leurs stocks, comme on disait depuis longtemps déjà. Les plus jeunes, dans les années 1990, tentèrent de se mettre au web, au site, au chat, un peu plus tard au blog, mais, en matière de vocabulaire, cela ne les mena pas loin. Le grand commerce prenait d'autres voies, qui n'avaient plus besoin de démarcheurs.

La fin du XXè siècle approchant, le marchand de mots comprit que la situation était bel et bien perdue et que ce qui avait constitué l'axe et l'âme de sa vie allait disparître. Aussi invraisemblable que cela lui parût, l'humanité se contentait d'un vocabulaire appauvri.

La malédiction de Babel s'accomplissait, mais à l'envers.

Quelles conséquences sur l'intelligence ? Sur la beauté ? Sur les rapports entre les individus, entre les peuples ?

Il préférait ne plus y penser. Cela lui semblait comme un arbre aux ramures immenses qui peu à peu perdait ses feuilles et même ses branches pour devenir un tronc tout sec, ou même un pilier de béton. Quelquefois, il osait même imaginer un univers où, de nuit en nuit, par absence de regard, des étoiles s'effaceraient.

Devant l'indifférence mondiale - si l'on excepte une poignée d'érudits retardataires qui publiaient encore, ici ou là, à compte d'auteur, des recueils de mots en perdition -, il fit des paquets de ses cahiers et les enfouit plus ou moins au hasard, protégés dans de la matière plastique, comme on enterre des trésors en cas de défaite ou d'exil. Plusieurs de ses cachettes, à ce qu'il paraît, furent éventrées par des bulldozers, et les cahiers déchirés s'éparpillèrent, perdus pour tous et pour toujours.

Le marchand de mots, âgé de plus de quatre-vingt ans au début des années 2000, allait de maison en maison, lentement, en tendant la main. Il avait vendu même son mulet. Comme marchandise, il n'avait plus rien à proposer à des gens qui d'ailleurs ne lui demandaient rien. A la fin, il ne savait dire que : please.

Il mourut seul, quelque part sur une route montagneuse, entre la Macédoine et la Bulgarie, et personne ne sait quel fut son dernier mot.

Posté le 11 avril 2008 à 12:00.

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Posté le 23 février 2008 à 17:57.

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